3 étapes pour faire un couple
La relation amoureuse est un processus en mouvement qui passe par différents stades. De la fusion à la relation durable, analyse d'un parcours d'obstacles qui demande ouverture d'esprit et adaptabilité...
Les crises à traverser .« Etre
amoureux n'est pas un état mais un devenir », écrivait le
psychosociologue italien Francesco Alberoni dans Le Choc amoureux
(Pocket, 1993). Depuis cet ouvrage de référence, on ne compte plus
les études des thérapeutes de couple qui ont insisté sur le mode
évolutif de l'état amoureux. Qu'elles mettent à jour trois, quatre
ou six étapes, ces recherches s'accordent toutes pour dire que, du
coup de foudre au rapprochement en passant par la différenciation,
l'amour suit une chronologie.

Il ne s'agit pas de dire
que toutes nos histoires de cœur se déroulent suivant un seul
et même scénario
; chacun arrive dans le couple avec ses
expériences, ses fragilités, ses forces, et c'est de la rencontre
entre ces deux histoires que dépendront la nature et l'évolution de
l'amour. Puis, selon le temps qu'ils prennent avant de cohabiter ou
d'avoir des enfants, selon l'attention qu'ils portent à leur
relation, selon leur âge aussi, les partenaires s'attardent plus ou
moins longtemps sur l'une ou l'autre des étapes de la relation
amoureuse. De même, le passage d'une phase à l'autre n'est pas
définitif : il y a des temps de régression, d'accélération, de
stagnation... 
Il n'empêche : toutes les amours
au long cours passent par des stades identiques. En nous appuyant
sur les différentes études existantes, nous en avons défini trois.
En quoi ces étapes sont-elles la clé d'une relation heureuse et
durable ? Comment passer de l'une à l'autre ? Avec quelles
conséquences ? Analyse de l'histoire d'amour vu comme un
parcours.
La fusion
1 -Notamment In Quest of the
Mythical Mate : Developmental Approach to Diagnosis and Treatment
in Couples Therapy d'Ellyn Bader et Peter T. Pearson
(Burnner-Mazel, 1988).
Les signes : « Tu es celle que j'attendais » ; « Nous sommes
d'accord sur tout » ; « Toi et moi ne faisons qu'un »...
Aujourd'hui, toute relation, ou presque, commence par une
attraction passionnelle. C'est l'amour intense, la « symbiose »,
d'après les psychologues Ellyn Bader et Peter T. Pearson. Pour les
amoureux, chaque éloignement est un déchirement et chaque
expérience partagée l'occasion de se découvrir de nouveaux points
communs : il semble évident que l'on était faits pour se
rencontrer.
Les avantages
: cette étape est essentielle à la
formation du couple puisqu'elle crée la complicité. La conseillère
conjugale Françoise Sand ajoute qu'elle est « l'un des rares
moments dans l'existence où l'on peut mûrir sans douleur » : elle
permet de sortir de soi, découvrir des aspects de la vie que l'on
n'avait pas envisagés seul ou dont on avait peur. L'amour passion
donne des ailes.
Les pièges
: cet amour passion repose en grande
partie sur des leurres. En effet, chacun s'imagine que si cette
relation est aussi intense, c'est parce que l'autre correspond
parfaitement à l'image du partenaire idéal qu'il porte en lui.
Autrement dit, plutôt que de le voir dans ce qu'il est réellement
et globalement, il devient le support de nos projections. L'attente
à son égard est si forte que nous l'idéalisons : ses défauts sont
niés au bénéfice de ses seules qualités.
Les clés
: profiter absolument de cette lune de
miel, car elle est aussi agréable qu'éphémère. Elle durerait entre
deux et trois ans, en moyenne. Après ? Le retour à la réalité
s'impose de lui-même et cette fusion si rassurante devient peu à
peu étouffante, aliénante. Le besoin d'air se fait
sentir.
La différenciation
Les signes
: « Tu
n'es pas celui que je croyais » ; « Je ne comprends pas que tu
puisses aimer cela » ; « Tu ne sais pas ce que je pense vraiment
»... Avec la cohabitation, le partage du quotidien et les
responsabilités à assumer, le couple descend de son nuage pour se
confronter à la réalité. Alors qu'ils ne voyaient que ce qui les
unissait, les partenaires découvrent peu à peu leurs différences.
L'autre révèle toutes les facettes de sa personnalité. Déception ?
Inéluctablement, puisqu'il s'agit de dire adieu à l'image idéalisée
que chacun avait de l'autre, mais aussi de soi : la vie à deux nous
fait découvrir des aspects de notre propre caractère, que nous
n'avions jamais eu l'occasion de cerner et que l'autre nous aide à
percevoir.
Les avantages
: cette étape est fondamentale
puisqu'elle permet de se retrouver soi-même, de reprendre contact
avec ses propres intérêts et objectifs de vie. Sans cette étape, la
fusion finit par être vécue comme un carcan dans lequel les
personnalités de chacun sont niées... jusqu'à la crise. Sur une
infidélité ou un départ soudain, plus d'une histoire d'amour se
termine avant d'avoir dépassé cette phase.

Les pièges
: il n'est pas simple de rompre avec sa
vision fantasmée de l'amour et d'accepter de vivre une relation qui
ne soit pas tous les jours synonyme de plaisir. Signe de notre
attachement à une tradition romantique ou de l'influence d'une
société qui fait de l'hédonisme une finalité : nous avons tendance
à penser que la fougue des premiers temps est « la » définition de
l'amour. L'autre difficulté tient au fait que cette étape du retour
à la réalité n'intervient pas simultanément chez les partenaires :
celui qui vit encore dans l'idéalisation peut se croire abandonné,
moins aimé, tandis que l'autre ne se sentira pas reconnu dans une
relation devenue étouffante.
Les clés
: de l'air et de la communication.
Prendre l'air, c'est savoir sortir du couple pour vivre ses
loisirs, servir ses ambitions professionnelles... C'est redevenir «
un », définir son territoire qui n'est pas le même que celui de son
partenaire. Pour faire admettre cette prise de distance, la
communication est indispensable : les partenaires doivent oser
expliquer leurs envies, leurs besoins, afin d'éviter que cette
différenciation soit interprétée comme une fuite ou un déclin de
l'amour.

Le rapprochement
Les signes
: « J'ai envie de construire mon avenir
avec toi » ; « Si on achetait une maison ? » ; « Je suis prête à
faire des efforts pour que ça marche entre nous »... L'étape
précédente a permis à chacun de se redéfinir, à ses yeux et à ceux
de l'autre. Cette phase consiste maintenant à mesurer la
compatibilité de ses attentes respectives et à réfléchir aux moyens
que chacun est prêt à fournir pour travailler à la fondation de son
couple. Ce n'est plus l'amour entendu comme : « un + un = un » (la
fusion), ni « un + un = deux » (la distanciation), mais « un + un =
trois » : toi, moi et notre couple. Ce troisième élément « couple »
va naître de l'élaboration de projets communs sans cesse
réactualisés, qui, à l'avenir, donneront à la relation sa dynamique
et garantiront sa durabilité. Que veut-on vraiment pour soi et pour
la relation ? Qu'attendons-nous de notre vie ensemble ? L'occasion
est toute trouvée de parler mariage, enfants, maison à
acheter...
Les avantages
: dans ce temps du rapprochement,
l'amour exprime véritablement son désir d'avenir. Une certaine
sérénité amoureuse devient possible. Le « contrat » durable alors
établi entre les partenaires n'empêchera pas des disputes ; mais
arrivé à cette étape, le sentiment amoureux sait admettre les
divergences et donne l'envie de trouver des réglages pour les
dépasser.
Les pièges
: consolidé par le temps et les
épreuves partagées, cet amour tend à virer à
l'amitié.
Le risque
: sombrer dans une cohabitation
heureuse, mais où le désir, les élans passionnés n'auraient plus
leur place, et lasser l'un ou l'autre des partenaires en mal d'un
état amoureux plus pétillant.
Les clés : pour
pérenniser cet amour solide, le défi consiste à sortir de temps en
temps du confort qu'il offre. D'abord, en sachant remettre
régulièrement en question les projets établis et en élaborant
ensemble de nouveaux objectifs. Ensuite, en bousculant parfois la
tranquillité de son amour pour y intégrer de la passion :
réactualiser ces coups de folie qui sublimaient les premiers mois
de la relation et oser la fusion, s'abandonner corps et esprit à
son amour... même le temps d'un week-end. C'est dans ce subtil
mélange entre raison (construction de projets) et passion que le
couple se donnera les chances d'inventer un amour aussi délicieux
que durable.
Avec la collaboration de Françoise Sand, conseillère conjugale et
auteure du Couple au risque de la durée (Desclée de Brouwer,
2006).
Les crises à traverser
- La cohabitation
Confrontation des goûts en
matière de décoration ou de cuisine, questions d'argent soulevées
par les loyers et factures à payer, incompatibilité des habitudes
ou des rythmes de chacun : la cohabitation donne à l'amour de
nombreuses occasions de vivre sa première
crise.
Le défi : communiquer. A
ce jeune âge de la relation, les partenaires préfèrent souvent
taire leurs insatisfactions, par peur de vexer ou de décevoir. Au
contraire, c'est en exprimant leurs frustrations et en écoutant
celles de l'autre qu'ils trouveront les réglages à faire pour
améliorer les conditions de la
cohabitation.
- Les enfants

Avec l'arrivée d'un enfant,
puis deux, puis... l'amour perd son objet exclusif, le partenaire.
La crise menace quand l'amour conjugal se voit dénigré au seul
profit de l'amour filial.
Le défi : démultiplier son amour et son attention à son partenaire
pour ne pas laisser son couple à court
d'affection.
- La retraite
Plus d'enfants à la maison, plus
de travail qui règle l'emploi du temps, les partenaires se
retrouvent en tête à tête. Dans ces « retrouvailles obligées », la
difficulté sera de réapprendre à un amour bien installé à régler
son pas sur celui du quotidien bouleversé.
Le défi : il s'agit, pour chacun, de
faire son bilan de vie, de mettre au clair ses attentes à l'égard
de son nouvel emploi du temps, puis de les confronter à celles de
l'autre. Comment les faire coexister ? Quels sont les objectifs
partagés ? A l'issue de ce bilan, de nouveaux projets de couple ne
manqueront pas d'apparaître.

Psychologie.com
).
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